Voilà quelques années que le smartphone (traduisez par « téléphone intelligent ») a intégré notre quotidien, se rendant indispensable. Et intelligent, il l’est ! Outre des fonctions appareil photo et caméra de plus en plus puissantes, les grandes marques – l’Iphone d’Apple, Samsung, Nokia et Cie – offrent désormais à leurs utilisateurs un accès internet permanent avec le réseau 4G, pour ceux ayant la chance d’être desservis (ici, l’exemple d’une fiche technique sur le site d’Apple).

Conséquence : l’on constate une présence de plus en plus systématique du smartphone sur les lieux de travail. Les Anglo-Saxons nomment cette tendance le BYOD, ou « Bring Your Own Device », qui concerne les téléphones, mais aussi les tablettes et les ordinateurs personnels.

Alors, quels débats soulève l’utilisation du smartphone au travail, et les entreprises peuvent-elles l’interdire purement et simplement ?

Smarphone au travail : quelles problématiques ?

Résultats de l’étude TNS Sofres : 2 heures par jour à pianoter

 Selon une étude TNS Sofres, réalisée entre mai et août 2015 sur 60 500 internautes dans le monde, la tranche des 16-30 ans passerait en moyenne deux heures par jour sur leur smartphone, soit l’équivalent d’une journée de travail par semaine !

Dans le cadre du travail, cette utilisation compulsive peut rapidement devenir problématique. Source de divertissement, fenêtre sur l’extérieur, les salariés ont trouvé un moyen discret et efficace de casser la routine au travail, créant une nouvelle brèche dans la frontière entre  vie professionnelle et vie personnelle, voire inventant un nouveau concept de vie personnelle au travail !

Résultats de l’étude Kaspersky Lab : 26% de productivité en moins

26% de productivité en plus en bannissant le smartphone au travail, ce sont les résultats d’une recherche menée par Kaspersky Lab, grande firme russe spécialisée dans la sécurité des systèmes d’information.

Dans cette étude, 95 participants se sont prêtés au jeu de l’éloignement progressif de leur smartphone au travail, afin d’en mesurer les conséquences sur la productivité et la concentration. Quatre circonstances ont été mesurées : avec le smartphone dans la poche, posé sur le bureau, enfermé dans un tiroir, et enfin totalement absent de la pièce.

Les résultats sont probants : entre le premier cas (smartphone dans le poche) et le dernier (smartphone hors de la pièce), l’étude a constaté une amélioration de la concentration à hauteur de 26% ! Le smartphone au travail représente donc un obstacle certain à la concentration et la productivité des salariés sur leur lieu de travail. Une problématique que les entreprises ne savent pas toujours encadrer.

Nuisance pour soi et pour les autres

Pour conclure, le smartphone au travail est un frein à notre productivité et à notre concentration, mais aussi un frein pour la concentration de ceux qui nous entourent. En effet, un collègue qui fait régulièrement l’usage de son smartphone (sonneries, conversations, mode « vibreur » sur la table, pianotage régulier…) peut également influencer la productivité de ses collaborateurs. Un obstacle à la concentration qui rejoint les problématiques du bruit au travail de manière générale.

L’entreprise peut-elle faire interdire les smartphones ?

Face à ce fléau, de plus en plus d’entreprises souhaiteraient, comme elles l’ont fait à l’ère d’internet, réguler davantage l’utilisation du téléphone portable nouvelle génération sur le lieu de travail. Sur son blog, le grand cabinet d’avocat Fidal consacre un article entier à ce sujet : les entreprises ont-elles oui ou non le droit de faire interdire purement et simplement le smartphone au travail ?

Les cas où l’interdiction est possible

L’interdiction pure et simple ne pourra être acceptée que dans certains cas très précis :

  • Premier exemple, si l’utilisation du smartphone au travail implique un risque de sécurité pour l’employé. Ce peut être le cas sur des postes en usine, avec outillage ou machinerie impliquant concentration… et ses deux mains. Le smartphone ne sera alors autorisé que pendant les temps de pause.
  • Deuxième exemple, si l’utilisation du smartphone renvoie une mauvaise image de l’entreprise ou de ses salariés. C’est le cas sur les postes de vente, et dans les activités commerciales en général. Là encore, le smartphone sera autorisé pendant les temps de pause.
  • Dernier exemple, une entreprise souhaitant se préserver de l’espionnage industriel pourra faire interdire le smartphone au travail, dans les services où l’information est sensible (encore une fois, pas pendant les temps de pause pris à l’extérieur), au motif que ces appareils intègrent un mode de capture d’images ou vidéo. Les autres types de téléphone, plus basiques, ne pourront en revanche être interdits.

 

Ces cas où l’on ne peut interdire, mais seulement limiter

Dans des cas plus classiques, il ne sera pas possible pour les entreprises d’interdire strictement le smartphone au travail : au regard de la liberté de communication, une tolérance doit être accordée afin de respecter la vie personnelle du salarié au travail.

Malgré tout, il sera possible de prévenir les comportements déviants, par la sensibilisation et la diffusion d’un règlement intérieur, incitant à la modération. Il est également possible de l’encadrer via la charte informatique, ou même dans le contrat de travail du salarié.

Par exemple, il pourra être demandé à ce que le salarié :

  • passe son téléphone personnel en mode « vibreur » pendant ses horaires de travail ;
  • passe ses appels depuis un endroit isolé, par exemple dans le cas d’un open space, ou s’il partage son bureau avec d’autres collègues ;
  • éteigne son téléphone pendant les réunions de travail, etc.

L’on peut enfin compter sur l’autorité naturelle des managers : ceux-ci peuvent suggérer à leurs équipes une limitation, certes orale (et donc subjective), mais parfois bien plus dissuasive qu’un règlement intérieur. L’on ne doit rien à un simple bout de papier, par contre l’on doit bien des comptes à son responsable direct, pas vrai ?

Comment sanctionner en cas d’abus ?

Bien sûr, comme le rappelle cet article des Editions Tissot, « Est-il possible d’interdire les Smartphones personnels au travail ? », l’utilisation doit rester « raisonnée et ne pas se faire au détriment du travail des salariés ».

Si ce n’est pas le cas, une sanction devrait pouvoir être appliquée. Le seul problème : la sanction réelle d’un salarié (par exemple son licenciement) au motif qu’il utilise trop souvent son smartphone au travail risque de poser le problème de la preuve : contrairement à la consultation d’internet qui peut éventuellement laisser des traces sur l’ordinateur du salarié, la consultation de son smartphone reposera exclusivement sur des témoignages oraux, ceux du manager ou de collègues. La procédure impliquera donc l’entourage professionnel du salarié concerné… si celui-ci veut bien s’y prêter.