En 2016 grâce à ses articles sur le monde de l’entreprise et la transformation du management vers plus de bienveillance, Gaël Chatelain (profil LinkedIn) perce en 4ème position du top 10 des TOP Voices 2016 de LinkedIn (l’équivalent pour LinkedIn du classement des contributeurs les plus influents de France en 2016). S’il trouve autant d’écho à ce qu’il écrit, ce n’est pas uniquement parce qu’il cumule plus de vingt années d’expérience dans les média (TF1, CANAL+, NRJ, l’INA…), mais plutôt comme il le dit lui-même :

« Je suis avant toute chose, manager et observateur de la nature humaine, avec passion ».

C’est sans doute cette empathie naturelle, qui lui a permis de créer Bob, un personnage fétiche dont il se sert afin de nous aider à mettre le doigt sur les mille et une habitudes du quotidien… qui nous gâchent littéralement la vie !

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Combien de Bob, de demi-Bob, d’anciens Bob (quand nous étions jeunes et fous) ou de pas-tout-à-fait Bob étions-nous dans la salle ? Personne ne veut le savoir 😉 Mais nous étions très nombreux à vouloir entendre Gaël nous parler de management par la bienveillance et découvrir à quoi ressemble une journée de travail avec Bob.

Nous vous proposons un condensé de son intervention donnée chez Nextdoor ! Et pour les plus curieux, sachez que vous pouvez acheter son livre « Mon boss est nul, mais je le soigne! » sur les sites de la FNAC ou Decitre par exemple.

Mais qui est Bob ?

Bob est l’archétype du mauvais manager, qui cumule tous les défauts imaginables :  divorcé, toujours à cran, potentiellement odieux, mais surtout très malheureux.

Il y a 6 mois, stressé, épuisé et conscient qu’il faisait partie des 3 millions de Français qui s’apprêtent à faire un burn-out, il s’est pris par la main… et a quitté sa boîte pour rejoindre une start-up, gageant qu’il se sentirait mieux dans ce genre de structure.

Vous l’aurez compris : Bob, comme nous tous, voudrait bien ne plus courir partout, avoir du temps pour ses enfants, se mettre à jour dans ses papiers, être épanoui dans son job… Bref, être heureux, être beau et avoir l’air cool. Et il espère bien que son nouvel emploi sera le point de départ d’une nouvelle vie.

Bob n’a besoin de personne pour se gâcher la vie

Ce changement de boulot permettra-t-il à Bob, notre nouvel ami imaginaire, de se sentir mieux ? Gaël nous propose de le suivre pendant une journée… normale.

Ce qui a eu pour résultat de nous faire amicalement réaliser que :

  • certaines habitudes en apparence anodines sont carrément néfastes,
  • certains petits gestes, catégorisés comme optionnels, feraient bien d’être déclarés incontournables,
  • des réflexes (à peine conscients), peuvent pourtant changer le cours d’une journée,
  • l’absence de civilité peut avoir autant d’impact qu’un coup de poing.

Au réveil, arrêtez le snooze !


Générateur de stress (quelle journée m’attend au boulot, je suis fatigué, etc.), le snooze ne fait qu’accroître votre sensation de fatigue et vous prive de 10 précieuses minutes 😉

Si nous voulons vraiment nous sentir mieux au travail, nous ne pouvons pas faire autrement que de procéder à un petit examen personnel, reconsidérer nos priorités, nos droits, nos obligations (morales).

Ainsi, nous fait remarquer Gaël, à peine réveillés et jusqu’à notre coucher, nous n’avons de cesse de nous malmener… souvent tout à fait inutilement. Ce faisant, nous générons une forme de mal-être diffus, qui ne manquera pas de se répercuter tôt ou tard sur nos proches, puis nos collaborateurs.

Songeons ainsi à :

  • ces petites tortures quotidiennes que nous nous infligeons comme le snooze, ne pas s’alimenter le matin, se mettre systématiquement en retard, prétendre que regarder un mauvais JT doit être comptabilisé comme un temps de détente dans la journée, consulter une dernière fois ses mails avant d’éteindre…
  • les petits plaisirs dont nous nous privons comme par exemple un petit déjeuner en famille, prendre un café entre collègues, rentrer tôt à la maison, prendre du temps … pour soi !
  • les incivilités que nous infligeons à autrui : ne pas dire bonjour, klaxonner à outrance, arriver en retard aux réunions, manquer de respect envers ses collègues…

Procédant ainsi, et prenant conscience de toutes ces petites failles, nous voilà sur la bonne voie. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin.

Inutile de vous stresser au volant !


Sur un trajet moyen de 30 minutes à Paris, respecter les limitations de vitesse, ne pas griller les feux orange et laisser traverser les piétons sereinement, ne vous fera perdre qu’ 1 MINUTE !!!

Bob est un piètre leader

Comme beaucoup d’autres, Bob n’est pas gâté côté hiérarchie. Il fait donc partie des 32% des travailleurs qui s’estiment stressés par leur manager. Ce chiffre s’explique de deux manières :

  1. Les « mauvais chefs » courent les rues : nous ne sommes que 18% à posséder de façon innée les qualités intrinsèques pour le management. Or en France, 73 % des managers n’ont jamais suivi de formation à la gestion de conflit… inutile de développer…
  2. Nous les Français, sommes carrément « flippés » 😉

Ainsi Jennifer, la chef de Bob, ne se contente pas de lui coller des objectifs irrationnels sans même y penser (50 à 80 % d’entre nous n’atteignent pas les objectifs fixés). Lorsqu’une difficulté se présente, elle est incapable d’autre chose que déverser son stress et son mécontentement… Bob, lui, trouve tout à fait normal de se faire ainsi maltraiter : il encaisse en silence et quitte son bureau avec une piètre estime de lui-même et une sourde colère… qu’il ne manquera pas de déverser sur son équipe à la première occasion.

Car Bob ne fait guère mieux que Jennifer…

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Au fil de la journée, nous découvrons que :

  • il ne s’imagine pas une seconde prendre un café avec son équipe (pourtant, encourager la pause-café entre collaborateurs peut augmenter la productivité d’une équipe de 10%)
  • il est incapable de présenter et de partager une idée, ne parlons pas d’animer une réunion (et d’en dispenser ceux qui n’ont rien à y faire)
  • il ne tolère pas l’échec et, à l’instar de sa chef, se met dans des états seconds qui tétanisent ses interlocuteurs et paralysent toute prise d’initiative,
  • il exige de ses collaborateurs qu’ils soient encore frais, dispos et motivés pour une réunion à 19h00.

Comment traduire les comportements de Bob ?

Résultat, Bob se prend des soufflantes, passe des savons, se sent mal mais ne parvient pas à identifier où le bât blesse. Conscient malgré tout d’être odieux, Bob va devoir trouver le moyen de se réconcilier avec lui-même pour tenir le coup. Une solution est d’étouffer tout sentiment de culpabilité en légitimant sa façon d’être pour la rendre « excusable » : il s’organise donc pour envoyer des signaux qui feront de lui quelqu’un d’important, de respecté par sa communauté professionnelle.

Bob ne veut pas qu’on le dérange

« Seuls les gens importants et hyper compétents sont débordés de travail : si je m’agite et que j’envoie le signal « ne pas déranger », c’est donc que je suis quelqu’un d’important. »

> En vérité : Bob est désorganisé, il ne sait pas déléguer, il ne sait pas faire part de ses difficultés à sa hiérarchie.

Bob reste travailler tard le soir

« Rester tard le soir signifie que je suis débordé… et donc important. »

> En réalité, cela signifie que Bob n’est pas très performant, ne sait toujours pas déléguer, OU : sa vie privée est encore pire que sa vie professionnelle…

Bob envoie des emails à 23h

« J’envoie des mails à 23h00, et même lorsque je suis en vacances : je suis un bosseur né, dévoué à mon entreprise, et je suis indispensable. »

> Ici, Bob montre qu’il n’a aucun égard pour ceux à qui il écrit à de telles heures. Il est incapable de faire confiance à son équipe lorsqu’il est en congés.

Bob est hyper booké

« Mon agenda est hyper booké : je ne suis pas dispo avant des semaines, tellement je suis sollicité. »

> Et sinon : se bloquer des plages libres pour travailler (!) ou avoir du temps pour son équipe… ?

Bob fait des pauses déjeuner interminables

« Je fais de longues pauses déjeuner : j’ai bien le droit de le faire, car je suis chef… En plus, c’est bon pour la santé ! »

> Dans la mesure où nous déjeunons la plupart du temps avec nos collègues, cela reste du travail (et donc générateur de stress) : autant donc écourter cette pause et rentrer plus tôt le soir…

Bob ne sait pas dire « non » !

Je dis « oui » à un client le vendredi soir à 18h00 et je demande à mes équipes de rester… parce que nous sommes d’excellents éléments pour l’entreprise.

> Bob ne sait pas dire non. Bob ne prend pas en considération la vie privée de ses collaborateurs, ni la sienne.

 

Qui n’a jamais pêché, me jette la première pierre ! Notons cependant que les jeunes de la génération Z rejettent avec un culot désarmant bon nombre de ces poncifs… Ils ont beau avoir fondamentalement raison, cela reste difficile pour les plus anciens. Et Gaël de nous raconter comment un jeune homme désarçonna un grand patron, en refusant catégoriquement d’assister à une réunion de dernière minute, aussi urgente fut-elle… pour se rendre à son match de foot hebdomadaire :

« À 18h30 le vendredi, j’ai foot »

Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux au travail ?

Notre responsabilité, explique Gaël, est de nous extraire de cette spirale infernale, qui fait qu’à la fin de la journée Bob est mal, il a fait du mal, il a mal fait son travail, etc.

Aux managers, donc, de se montrer respectueux envers :

  1. envers leurs collègues ;
  2. le travail qu’ils accomplissent ;
  3. leur vie privée.

Aux managers, de créer des conditions de travail saines : valoriser l’échec, résister à la réunionnite (et encore plus le soir au moment de partir), ne pas noyer les autres sous des mails en copie pour info ou accabler son équipe avec des objectifs désespérants…

Aux managers encore, de mériter leur titre : en faisant preuve d’empathie, en libérant leurs collaborateurs de bonne heure, en les protégeant d’eux-mêmes et des pressions extérieures, en ne tolérant pas le manque de respect.

On pourrait continuer longtemps, mais vous avez compris, car nous l’avons tous expérimenté (tantôt nous avons subi tout ceci, tantôt l’avons nous-même infligé…).

Conclusion

Nous sommes moins de 25 % à faire confiance à notre manager : pas évident de lui confier que vous ramez sur le dossier ZZ-ronron qu’il vous a présenté comme étant un jeu d’enfant, quant à lui avouer que vous faites des migraines… Voilà qui est ennuyeux, mais qui ne nous surprendra guère après lecture de cet article.

Pourtant il est désormais connu et admis que le bien-être psychologique d’un individu permet d’augmenter de 10 à 25 % ses performances en entreprise. Alors, qu’attendons-nous pour exiger de nos collaborateurs qu’ils soient heureux au travail, avant même de penser à leurs objectifs ?

Au jeune papa qui vient d’avoir un petit garçon, obligez-le à poser ses jours de paternité. A votre chef d’équipe qui fait du rab tous les soir à n’en plus finir, obligez la à partir à temps. A votre équipe qui a réussi un lancement la veille, courrez leur offrir un café. Ah, et le junior qui vient de rejoindre votre équipe : il ne vous a pas dit qu’il avait foot le vendredi à 18h30 ? 😉