En cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Nextdoor s’est penché sur les problématiques d’inégalités entre les hommes et les femmes au travail. Quels sont les grands axes de développement attendus dans les sphères professionnelles, en faveur de l’égalité des sexes ? Nextdoor a relevé cinq grands points ou domaines dans lesquels les inégalités hommes/ femmes persistent, s’accrochent… et nous mènent la vie dure.

Top 5 des inégalités entre hommes et femmes au travail

Tout au long de la scolarité, au baccalauréat comme dans les études supérieures, les chiffres prouvent que les femmes sont les plus assidues (lire l’article complet sur le site des Échos). Ainsi, en 2013, le taux de réussite au baccalauréat chez les filles dépassait celui des garçons de 3%. De même, en 2011, la part des femmes de 25 à 54 ans diplômées du supérieur était de 6% supérieure à celle des hommes. Pourtant, cette prédominance constatée durant les études s’inverse, une fois le diplôme en poche. Le monde du travail fait la part belle aux profils masculins, comme le confirme le classement qui suit.

N°1 : Le salaire des femmes est en moyenne 18,6% inférieur à celui des hommes

Le premier facteur explicatif des inégalités de salaire provient des différences de temps de travail. En effet, les femmes sont trois fois plus souvent en temps partiel que les hommes, qui, de leur côté, font plus d’heures supplémentaires que leurs collaboratrices : le chiffre de 18,6% n’est donc qu’une moyenne. En réalité, les inégalités entre hommes et femmes en matière de salaires peuvent être résumées comme suit (lire l’article complet sur le site www.inegalites.fr) :

  • En moyenne, les femmes touchent 25,7 % de moins que les hommes, tous temps de travail et métiers confondus.
  • À temps de travail équivalent (à temps complet), la différence est de 16,3 %.
  • À temps de travail et métiers équivalents, l’écart est de 12,8%.

Enfin, les inégalités de salaire varient selon les classes sociales. L’écart de salaire entre hommes et femmes sera de 20% dans des professions de cadre supérieur, contre 9% chez les employés non cadres.

Un peu de lecture pour la route ? Tous les chiffres 2010 de l’Insee en suivant ce lien : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280986

N°2: Les chômeurs sont des femmes à 62% (une fois certains biais supprimés)

En apparence, la crise économique de 2008 a rétabli l’égalité des sexes en matière de recherche d’emploi. Le taux de chômage des femmes, deux fois supérieur à celui des hommes en 1990, l’a finalement rejoint au sommet de la crise : 10% de chômeurs, contre 10,1% de chômeuses, selon les chiffres 2016 de l’Insee. Certaines années, le taux de chômage des hommes serait même passé devant : en 2014, les femmes n’étaient plus que 46,5% à rechercher un emploi, contre 53,5% d’hommes.

Mais les chiffres du chômage, en apparence encourageants sous l’angle de la lutte pour l’égalité des sexes, masquent des inégalités persistantes face à l’emploi, comme l’explique un article du Monde. Tout d’abord, ce chiffre ne prend pas en compte la très forte proportion de femmes à temps partiel, dont nous avons déjà parlé. Bien que travaillant moins et touchant un salaire inférieur, les 1,2 millions de femmes travaillant à temps partiel biaisent les chiffres : elles ne sont pas considérées comme recherchant un emploi.

Pourtant, au moins un tiers d’entre elles souhaiterait travailler plus. Nous parlons là de 400.000 femmes ! Nous avons donc refait le calcul en les prenant en compte. En sachant que les chiffres du chômage annonçaient quasiment 4,5 millions de chômeurs début 2017, nous estimons que la part de femmes à la recherche d’un emploi à temps complet passerait à 62%, au lieu des 45,6% annoncés.

Mais surtout, et c’est là un élément fondamental, les femmes sans emploi sont plus souvent déclarées « inactives » que chômeuses, c’est-à-dire qu’elles ne se positionnent pas sur le marché du travail. Parmi les femmes de 25 à 49 ans n’occupant pas un emploi, seule une sur trois se dit chômeuse, contre deux se déclarant inactives. Un chiffre qui dissimule une problématique parallèle, celle de la société genrée : par obligation ou par convention sociale, une femme devra plus souvent renoncer à occuper un emploi pour s’occuper du foyer. Faute de chiffres précis sur lesquels s’appuyer, Nextdoor n’a pu supprimer ce biais pour proposer un pourcentage plus affiné des réalités sur le marché de l’emploi.

N°3 : 10% des femmes sont discriminées à l’embauche en raison de leur physique

En 2016, le Défenseur des droits publie les résultats du 9e baromètre sur les expériences de discrimination liées à l’apparence physique dans l’accès à l’emploi (étude conduite avec l’Organisation internationale du Travail (OIT)).

Ainsi, avoir un style non conforme aux codes de l’entreprise (par exemple, un tatouage) ou être obèse, sont considérés comme les situations les plus pénalisantes. Et en effet, les femmes obèses déclarent huit fois plus souvent avoir subi une discrimination liée à leur apparence. Les femmes ayant un style atypique le signalent également huit fois de plus que celles arborant un style classique ou décontracté. À l’inverse, avoir un physique attractif est vu comme un avantage. La minceur apparaît ainsi comme un atout lors d’un recrutement.

Au total, 10% des femmes au chômage déclarent avoir été discriminées à l’embauche à cause de leur apparence physique, contre 6% des hommes. Le dossier complet de l’étude peut être consulté sur ce lien.

N°4 : aucune femme PDG dans les sociétés du CAC 40, seulement trois au poste de dirigeante

L’OIT a de nombreuses fois établi le lien entre la présence des femmes aux postes de direction et la performance d’une entreprise. Pourtant…

Un chercheur responsable de l’Observatoire de la féminisation des entreprises a étudié l’évolution de la mixité dans les 60 plus grosses entreprises françaises. À la lecture de son baromètre 2016, nous apprenons que les femmes représentent 36% des effectifs des grands groupes, 30% des cadres et seulement 11% des dirigeants.

Airbus, EDF, Lagardère, LVMH, Renaut, Sodexo… avec humour, cet article de Marianne fait un petit point sur les inégalités les plus probantes entre hommes et femmes au travail, dans des grandes sociétés françaises. Drôle… et inquiétant.

Et au sein du CAC 40 ? Aucune femme n’a jamais été nommée PDG. C’est seulement au poste de présidente que trois figures féminines émergent en 2016 : Élisabeth Badinter, présidente du conseil de surveillance de Publicis, Sophie Bellon, présidente du conseil d’administration de Sodexo, et Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie. Leurs profils sont détaillés dans un article de Madame Figaro.

N°5 : 27 % de femmes à l’Assemblée, 25 % au Sénat, et 16% au poste de maire

 Le site www.inegalités.fr publie en 2014 le baromètre des inégalités entre hommes et femmes en politique.

Résultats : seulement 27% de femmes députées (chiffres de 2012) et 25% de femmes sénatrices en France (chiffres de 2014).

Pire : dans les mairies, on ne compte que 16% de femmes au poste de maire. Une loi de 2013 relative à l’élection des conseillers départementaux, municipaux et communautaires, et qui impose la parité dans les listes électorales, n’a pas permis d’atteindre les objectifs. Et pour cause : elle ne s’applique qu’aux communes de plus de 1000 habitants, comme le rappelle un article publié sur les Échos. Soit environ 27.400 communes, sur les 37.700 dénombrées en 2016 (72%), dans lesquelles la loi n’est pas applicable.

Or, quand le pouvoir est aux mains des hommes (quand bien même beaucoup de ces hommes sont conscients de ces inégalités, et luttent pour une remise à niveau sur le plan professionnel) l’on peut s’attendre à ce que les avancées en faveur de cette même égalité, sur le plan politique, juridique et social, soient moins décisives. Moins décisives, c’est certain, que si davantage de femmes étaient au pouvoir.

Conclusion : tout reste à faire ?

Si nous nous sommes arrêtés au top cinq des inégalités entre hommes et femmes au travail, d’autres points auraient pu suivre : la proportion des risques psychosociaux, les chiffres sur les formes de harcèlement sur le lieu de travail, etc.

Alors, est-ce que tout reste à faire ? Il ne tient qu’aux hommes et aux femmes (dirigeants et dirigeantes, politiciens et politiciennes, responsables des ressources humaines et représentants des salariés) de renverser la balance en initiant le cercle vertueux que nous évoquions : un cercle dans lequel de plus en plus de femmes en mesure de prendre la parole et de faire appliquer des décisions pérennes dans leurs sphères d’influence, permettront, par leur voix et leurs actions, d’atteindre une vraie égalité entre hommes et femmes au travail.

C’est à la systématisation de ces cercles vertueux que des organisations internationales telles que le Women’s Forum travaillent. Chaque année, le grand forum de Deauville attire porte-paroles et grandes figures entrepreneuriales du monde entier. Des hommes et surtout des femmes, y sont invités à s’exprimer sur ces problématiques d’égalité. L’objectif ? Renforcer la représentativité des femmes et œuvrer pour une plus grande mixité hommes/femmes dans tous les organes de pouvoir de la société. Qui prend ses places ?