Le terme « présentéisme », ça vous parle ? C’est le fait de rester sur son lieu de travail bien que son état physique ou psychique empêche d’atteindre un niveau satisfaisant de productivité. Pas la peine de lire dans vos pensées pour imaginer ce que vous être en train de vous dire. Vous non plus n’y êtes pas totalement étranger.

Tout le monde a déjà fait à un moment ou un autre sa part de présentéisme. Certains pour des raisons de santé, car les arrêts maladie ne sont guère appréciés par la direction. D’autres à cause d’un esprit pollué par des problèmes personnels ou par une fatigue professionnelle extrême, au point de ne plus arriver à se concentrer. Ensuite, il y a ceux qui s’emploient à faire simplement acte de présence après avoir terminé leur travail en avance.

Bien plus connu, l’absentéisme est souvent la conséquence d’un présentéisme devenu difficile à supporter. Mais alors que le premier est couvert par le régime social, le second représente des pertes directes pour les entreprises. D’après plusieurs études citées dans le reportage de Lisa Beaujour réalisé par France Info, il leur coûterait chaque année plus de 14 milliards d’euros. Dans l’Hexagone on a tendance à mesurer la valeur du travail au nombre d’heures effectuées. Mais cela est-il réellement une bonne approche ?

Des symptômes, des symptômes, toujours des symptômes

Le présentéisme se répand au sein de nos bureaux comme un virus. Tout le monde en est conscient, mais personne ne semble vouloir y remédier. Besoin de compétitivité, pression du N+1, peur de perdre son emploi, peu importe les raisons, chacun préfère regarder de l’autre côté en attendant que le temps passe. Alors les salariés se conforment à la norme imposée. Ils font des horaires à rallonge et s’avèrent moins efficaces. Ils s’épuisent, se démotivent, dépriment et pour finir, frisent le burn-out. 62 % d’entre eux viennent travailler malades au risque de contaminer leurs collègues. Et même dans ces cas extrêmes, on pratique la politique de l’autruche.

Roger Letienne, président d’Optisantis, une société qui œuvre pour votre bien-être quotidien,  met en avant la différence avec les mentalités des pays du nord de l’Europe et du Canada. « Chez eux, rester tard au travail est mal vu, car cela signifie qu’on n’a pas été productif lors de sa journée ». Mais en France, partir de bonne heure attire les regards désapprobateurs. Cette vidéo de France Info l’image volontiers avec le reproche voilé du collègue qui vous demande : « Tu pars déjà ? ». On y a tous déjà eu droit.

Les supérieurs ont la fâcheuse manie de justifier la qualité du travail de leurs collaborateurs en fonction de l’heure à laquelle ils quittent le bureau. Avant 19 heures, il ne s’implique pas suffisamment. Un raisonnement erroné qui persiste néanmoins, surtout en France. Car une personne excellente dans son travail va travailler plus rapidement et plus efficacement qu’une autre qui part deux heures plus tard en ayant passé son temps sur internet. En février 2017, une étude européenne a été commandée par le spécialiste de l’aménagement du poste de travail, Fellowes. Sur 4033 employés et 526 dirigeants, les entreprises françaises et espagnoles sont les plus touchées par le présentéisme, loin devant le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Danemark.

Dans le présentéisme comme partout, il y a des actifs et des passifs, et les premiers ne sont pas toujours les plus récompensés. Ils sont nombreux à se jouer de cette pratique en ne travaillant qu’une partie de leur temps de présence. La plus flagrante est de voir le nombre de départs dans les cinq minutes qui suivent celui du supérieur hiérarchique. Certains redoublent d’inventivité pour faire croire à leur présence. La « technique des deux vestes » consiste à en laisser une constamment sur son dossier pour laisser planer le doute sur son assiduité au bureau. Même si cela prête à sourire, ces comportements engendrés par le présentéisme ne font que lui donner plus de force.

Cela peut vite se transformer en effet de masse devant l’injustice d’employés qui se tournent les pouces en toute impunité. C’est encore plus flagrant si l’un d’eux estime fournir plus de travail que son voisin pour un salaire plus bas. De même, il devient un refuge lorsque le salarié se sent dénigré par sa direction. Le présentéisme s’avère alors être une manière de rééquilibrer les choses.

Pour un monde meilleur où productivité et bien-être ne forment qu’un !

La tendance est alarmante, car le surinvestissement au travail est une forme de souffrance qu’il est considéré comme « normal » de supporter. Elle ne cesse de gagner du terrain et il devient urgent d’y mettre un terme. Pourtant, il est bien difficile de pointer du doigt des responsables tant le phénomène est général. Mais les dirigeants et autres chefs de service sont les premiers à pouvoir changer les choses, à devoir montrer le bon exemple. Encore faut-il le vouloir !

La pression qu’ils exercent est souvent la plus grande cause du présentéisme. Plutôt que d’atteindre des sommets en matière d’amplitude horaire et de risquer d’exploser le « stressomètre », il faut envisager de récompenser la qualité, à défaut de la quantité. Pour booster l’efficacité de ses collaborateurs, une entreprise doit savoir aujourd’hui œuvrer pour leur bien-être physique et mental. En demander toujours plus n’est pas la solution. La grande majorité des managers devrait suivre avec application les conseils de Gaël Chatelain dans son ouvrage intitulé « Mon boss est nul, mais je le soigne ! »

Dans une interview pour le site psychologie.com, Anne-Sophie Panseri, dirigeante de la société Maviflex nous dévoile les bienfaits de sa politique anti-présentéisme. Pour cela, elle prône un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée de ses employés. En leur donnant plus de liberté pour l’organisation du temps de travail, elle est parvenue à améliorer la rentabilité de l’entreprise. « Un collaborateur qui, le soir, peut évacuer la pression, revient le lendemain de bonne humeur et avec la tête remplie d’idées, précise-t-elle ». Chez Maviflex, pas question de rester après 1 h30, on bannit la question assassine « tu pars déjà ? ».

Pour faire changer les mentalités en France, il est nécessaire de dissocier vie personnelle et professionnelle. Sur ce point la classe dirigeante doit faire un véritable effort si elle veut tirer le meilleur de ses collaborateurs. Pour créer des conditions optimales, il faut savoir valoriser leur travail et les libérer de bonne heure si les tâches ont été accomplies. Les pressions superflues, les objectifs irréalisables et la réunion dix minutes avant de partir doivent être proscrits. Ils apportent plus de frustration que de réel intérêt chez les employés. Au contraire, l’empathie de leur supérieur va engendrer un regain de motivation et une relation de respect mutuel.

 

À bien y réfléchir, difficile d’être productif quand on estime avoir déjà terminé sa journée. Rester pour rester au bureau ne vous semble pas inutile ? Alors, pourquoi le faire. Mettez en avant la qualité de vos tâches accomplies et le besoin de vous reposer pour continuer à faire du bon travail. Certes, c’est toujours plus facile à dire qu’à faire. Mais qui a dit qu’il était facile de changer les choses ?