Alexandre Droulers, General manager, New mobility projects, pour l’Europe de l’ouest chez Uber, fait partie des pionniers qui ont rejoint le trublion du transport de personnes, alors que ce n’était encore qu’une start-up dont le siège européen se trouvait alors dans un obscur coworking de Berlin.

Il a rejoint ses fondateurs comme « lanceur » en début 2013, alors qu’il n’y avait, en Europe, que 150 chauffeurs, répartis dans 10 villes.  Aujourd’hui ils sont 2 millions dans 600 villes dans le monde. N’en déplaise à ses détracteurs, Uber est un succès fulgurant.

Mais comment, alors, continuer d’innover et préserver la flamme de l’entreprenariat ?

Pour mémoire, rappelons qu’Uber est apparu sur les smartphones des habitants de San Fransisco en 2010 : la légende raconte que ses développeurs ont eu l’idée de cette application après un moment de solitude dans un taxi parisien en 2008… ou plutôt, sur les trottoirs de la capitale, puisqu’en l’occurrence, ils ne trouvaient pas de taxi !

C’est peut-être pour cette raison que la première ville à accueillir la solution Uber en dehors des Etats-Unis fût… Paris, dès 2011 ?! Rappelons qu’à l’origine il s’agissait de voitures haut de gamme avec chauffeurs. Tout bascule en juin 2013 quand Uber lance UberX, une plateforme à prix réduits avec les flottes de véhicules ordinaires : on connait la suite.

Vu de l’intérieur, qu’est-ce que cela donnait ? Alexandre raconte comment, en moins d’un an (2013/14), Uber a « ouvert » 50 villes supplémentaires (en Europe). Pour lui et ses collaborateurs à l’époque, l’innovation résidait dans :

  • leur obsession de se développer à l’international,
  • le soin apporté à leur playbook et ce, dès l’origine, afin de mettre en place des process déclinables dans autant de pays que de cultures différentes,
  • l’autonomie laissée en local, permettant aux équipes de fonctionner à la façon de mini start-up, garantissant ainsi la motivation et la liberté des équipes.

C’est très bien, nous direz-vous, mais au bout de 150 villes lancées contre vents et marées, comment rester créatif, et même : comment ne pas être blasé ?

Alexandre vous répond qu’il est « mission driven », comprenez, mû par l’étincelle de la fibre entrepreneuriale. Chez Uber, toutes les alliances sont possibles pour imaginer de nouveaux services, pourvu que les causes restent proches de leur cœur de métier : le terrain de jeu est immense !

Le résultat ? Nous vous le livrons sous forme de liste chronologique des services ouverts en Europe à la suite d’UberX :

Octobre 2014 : Uber for Business, un service à destination des entreprises qui évite aux collaborateurs d’avancer les frais (et devoir faire ensuite des notes de frais).

Novembre 2014 : uberPOOL permet de partager le même véhicule avec d’autres utilisateurs allant dans la même direction.

Mars 2016 : UberEATS lance son application dédiée et livre des repas cuisinés par des restaurants partenaires en moins de 30 minutes.

Août 2016 : Uber s’associe à Volvo pour tester des véhicules intelligents…

Juin 2017 : uberGREEN propose d’opter pour des véhicules électriques ou hybrides.

Uber n’a peur de rien, et c’est peut-être là la clef de son succès :

  • parce que la mobilité verte est à l’ordre du jour, il s’engage à ce que un véhicule sur deux soit électrique d’ici à 2022,
  • parce que le transport de fret se déroule à 90% sur autoroute, le secteur est le premier concerné par les véhicules autonomes (lien vers article blog : ) : Uber a déjà expérimenté, en août 2016, la première livraison en pilotage automatique (sans chauffeur, donc) sur autoroute,
  • parce que le statut de la femme dans le monde ne laisse personne indifférent, Uber lance Uber Women en partenariat avec l’ONU. Le pari est d’avoir un million de femmes « chauffeurs » dans le monde d’ici à 2020…

Finalement, nous auditeurs, nous constatons qu’en grossissant vite, en explorant tous azimuts, Uber va parfois trop loin, recule, se trompe, recommence… Mais à la clef, combien de succès, de personnes transportées, de services déclinés, de paris gagnés ? L’innovation est parfois à ce prix.

Et quand Alexandre commence à vous parler de voitures volantes, ou vous fait remarquer que l’on estime à 20% la proportion du parc immobilier parisien accaparé par les places de stationnement… vous devinez « qu’il en a encore sous le pied ».