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Ne restons pas les idiots utiles de l’IA – épisode 5

Sébastien Morizot, VP digital & CDO chez Nextdoor depuis deux ans, répond à nos questions sur l’IA, au gré des épisodes de notre saga. L’épisode 5 est consacrée à data & IA, un couple fait pour durer.

On voit bien que la puissance des programmes de jeu évoqués plus haut vient, 1 – de leur rapidité de calcul et 2 – de leur possibilité d’amasser une quantité (illimitée) de données. IA et Data donc forcément liées ?

S.M. : Oui. La data est la meilleure source de compilation pour l’IA et c’est celle qui donne l’accès à la modélisation… sans data, pas de réflexion (même pour nous).

Un humain acquiert sa data par l’observation et l’expérience ; l’IA, elle, a besoin d’une data et d’algorithmes à traiter : seulement alors, elle commence à pouvoir observer le résultat de « ses » propres tests pour les améliorer. L’IA n’existe donc pas sans l’homme qui lui livre la data et lui définit un algorithme (une mission, en quelques sortes).

Il est intéressant de relever des cas concrets, comme la voiture autonome, illustrant combien la data est la condition du développement de l’IA.

Ainsi, afin d’accélérer les progrès à moindre coût (et surtout avec moins de risques), Waimo (une filiale de Google) a développé un simulateur afin de permettre à l’algorithme chargé du pilotage du véhicule de… s’entraîner !

Dans un tout autre domaine, la société Deepmind, qui a développé AlphaGo (le vainqueur du jeu de go), travaille en réalité à combiner les techniques d’apprentissage, les neurosciences et l’IA afin de construire des algorithmes surpuissants pour… comprendre le fonctionnement du cerveau humain. Deepmind tente ainsi d’élaborer des programmes qui accumulent des « souvenirs » (des données) et savent s’en servir pour effectuer des tâches qu’ils ne sauraient accomplir sans ces souvenirs.

Donc en termes de recherche tout l’enjeu de l’IA résiderait non pas dans l’accumulation de données et la vitesse de traitement, mais dans bien dans sa capacité à utiliser à bon escient et délibérément cette donnée ?

Me diras-tu que je suis paranoïaque si je comprends que lorsque Deepmind s’associe au jeu StarCraft II pour permettre aux internautes de jouer contre une machine, il ne fait rien d‘autre que de trouver un astucieux moyen de récolter une masse de données considérable et tester ses programmes en live, pour avancer sur sa connaissance du cerveau humain ?

S.M. : Oui bien entendu c’est anxiogène, et il est important de travailler dès maintenant sur la gouvernance et la gestion des droits autours des données afin de limiter le risque intrusif de ce type de démarche.

C’est à nous en tant qu’individus mais aussi aux Etats, sans oublier les entreprises qui doivent se doter d’une déontologie, de fixer les limites : le sujet est d’actualité ! L’agence espagnole de protection des données vient ainsi de condamner Facebook à 1,2 million d’euros d’amende pour avoir collecté « des données « sur l’idéologie, le sexe, les croyances religieuses, les goûts personnels et la navigation (sur Internet), sans informer de manière claire » les internautes, sur l’usage qui en sera fait ».

Propos recueillis par Laëtitia, Plume, etc. (écriture, trouvailles et corrections), pour Nextdoor

 

À propos de Sébastien Morizot, VP et CDO chez Nextdoor 

Sébastien est VP digital & CDO chez Nextdoor depuis deux ans. À ce titre, il dote les Nextdoor de la connectique et équipements high tech utiles, mais accompagne également les entreprises dans leur transformation digitale globale : sa mission est alors de doter les équipes d’outils informatiques qui répondent précisément à leurs besoins (et autant que possible, à leurs envies !), mais aussi d’équiper le bâtiment de toutes les options nécessaires (matériel informatique, sécurité, connexion, appli…), ce dernier étant pensé comme un levier de bien-être et de performance.