Matière incontournable dans notre société, le papier persiste même en pleine ère numérique. À l’heure du cloud computing, les entreprises progressent dans la dématérialisation des documents sans pour autant y parvenir complètement. Au travers d’un effort environnemental, les idées reçues ont la dent dure. Avec une consommation décuplée en France depuis 1950, la consommation de papier est-elle si néfaste ?

Le 25 octobre marque la Journée mondiale sans papier, initiée par l’organisme de normalisation AIIM (Association for Information and Image Management) pour sensibiliser les entreprises. Même si nombre de nos institutions croulent encore sous des montagnes de paperasse, le papier continue de séduire et semble avoir encore de beaux jours devant lui.

Trop de papier tue le papier !

Avec près de 900 000 tonnes de papiers et cartons jetées chaque année par les entreprises, il serait bénéfique de contrôler leur utilisation pour le bien de l’environnement. Cette journée de sensibilisation a le mérite de contribuer à une prise de conscience générale sur les débordements inutiles. Mais le véritable problème du papier pour ces dernières réside dans son stockage. Factures, contrats et documents divers s’entassent dans les archives, les armoires et les étagères aux quatre coins des bureaux.

Bien que les employés soient en grande majorité devenus accros à leur boite mail, un sur deux estime ne pas pouvoir se passer de papier. Selon l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), le salarié moyen en consommerait 70 à 85 kg par an. Un chiffre qui a des répercussions immédiates sur les coûts de fournitures. Une société d’une centaine de personnes dépenserait entre 10 000 et 25 000 euros par an.  Sans oublier les frais de maintenance des imprimantes et d’achat des cartouches d’encre.

Consommable numéro 1, le papier équivaut à ¾ des déchets des activités de bureaux. Preuve que vous n’êtes pas les seuls, une étude menée par InfoTrends a estimé à 58 % la quantité de documents externes sur support papier reçue par les entreprises..

Les progrès de l’informatique n’ont pas eu l’impact espéré sur la consommation de papier. Bien au contraire, elle a été multipliée par quatre ces quinze dernières années. Comme quoi, il est difficile de bousculer ses habitudes ! Encore trop de documents sont imprimés inutilement. Même si depuis le 1er juillet 2016 une loi oblige les administrations de plus de vingt personnes et les entreprises de plus de cent salariés à trier leurs papiers de bureau, chacun doit faire un effort quotidien pour limiter ces dérives.

Papier contre numérique : le match

L’opinion générale est restée bloquée sur le fait que la production de papier est un facteur important de la déforestation. Il est vrai que les stylos utilisent de l’encre, de l’eau, des produits chimiques et que le papier a pour première ressource les arbres.

Pourtant, l’industrie papetière est un acteur incontournable de la gestion durable des forêts et de leur croissance. En 20 ans, elle a fait de nombreux efforts en diminuant de 80 % ses rejets dans l’eau et de 30% sa consommation énergétique. Première industrie du recyclage, elle utilise 60 % de matières recyclées pour 40 % de sous-produits de la forêt. Dans les forêts bien gérées, pour un arbre abattu, trois sont replantés. Soit un gain de 82000 hectares en France, en faveur de nos forêts chaque année.

Avec des épisodes de pollution fréquents, les Français sont de plus en plus soucieux de leur empreinte écologique. Cependant peu sont conscients des dérives du numérique liées à l’extraction des métaux, aux importantes quantités d’énergie consommées et au recyclage difficile des différents composants. Près de 10 % de l’électricité française est consommée par les Data Centers. Chaque seconde, environ 45 kg de déchets électriques et électroniques sont produits en France. Selon l’ADEME, le web génère autour de 2% des émissions de CO2 de la planète. L’industrie du digital est loin d’être blanche comme neige et encore moins verte !

Le charme indémodable du papier

Loin de nous le souhait de continuer le match, mais une comparaison s’impose entre la lecture et l’écriture sur papier vs celles sur écran. Commençons par un petit exercice.

On aime tous notre tablette ou notre smartphone, mais posez-vous véritablement ces questions : est-il agréable de lire plus de 10 minutes à l’écran ? Ne ressentez-vous pas un mal au niveau des yeux ? Ne vous arrive-t-il pas de décrocher facilement ?

Selon Thierry Baccino le directeur scientifique du laboratoire des usages en technologies de l’information numérique, la lecture sur papier est bien plus rapide et avantageuse d’un point de vue cognitif. Les trop nombreuses informations qui accompagnent un texte sur écran ont tendance à créer une désorientation. Liens hypertextes, médias, publicités s’ajoutent à des fonds d’écran et au scrolling, perturbant la compréhension et la mémorisation. Moins fatigante et agressive, la lecture sur papier permet une meilleure visualisation et assimilation des renseignements.

Ce format n’est en rien dépendant d’un logiciel ou d’un matériel quelconque. En plus d’un confort de lecture et de stimulation intellectuelle, il est aisément transportable. C’est le support le plus pratique pour réaliser des annotations en un temps record.

Pour toutes ces raisons et bien plus encore, le papier n’est pas mort. Il connait même une nouvelle notoriété dans le monde du travail. Car ils sont encore nombreux à préférer la douceur du stylo sur le vélin au sempiternel clapotis du clavier.

En tête des tendances actuelles, le « bullet journal »Un simple carnet pour gérer planning mémos, idées et listes de tâches de manière calligraphique et totalement personnalisée. Déjà surnommés « Bujo », ils sont le fruit d’un véritable engouement chez les Anglo-saxons et se multiplient à vitesse grand V dans les sacs et mallettes de travailleurs parisiens. La marque Quo Vadis s’est retrouvée en rupture de stock après seulement quinze jours !

D’autres surfent sur la vague du carnet branché. Créé le 18 juin 2013, l’entreprise « Le papier fait de la résistance » combine le papier Munken print 90 grammes avec des feuilles détachables, une encoche à carte de visite et un emplacement pour stylo. Avec en plus un style qui a su séduire de grandes marques de mode comme Chanel ou Kenzo pour leur commander des carnets personnalisés.

Pour beaucoup, rien ne vaut la sensation du papier. C’est dans cette optique qu’est née en 2015 la « Slate », une ardoise intelligente créée par la start-up Iskn. Alliant réel et virtuel, elle permet de numériser ses créations sur papier directement sur l’écran. Grâce à une bague magnétique pour stylo et diverses fonctionnalités, il a de quoi contenter ceux pour qui le stylet n’arrivait pas à la cheville du bon vieux crayon.

Au final, le papier peut remercier le numérique pour l’avoir rendu aussi unique et populaire. Alors qu’auparavant il était un support vu et revu, il devient aujourd’hui une marque d’attention particulière.Témoignage d’un réel effort fourni, il éclipse par son charme l’envoi d’un e-mail triste, impersonnel et, on ne le dira jamais assez, consommateur d’électricité.