Vous avez fait vos premiers pas dans l’univers bouillonnant des levées de fonds et avez pris bonne note de tous nos conseils ? Alors, rentrons dans le vif du sujet. Parce qu’il est indispensable de bien choisir les aides auxquelles vous souhaitez avoir recours, nous nous intéressons aujourd’hui aux dispositifs publiques de financement. Souvent négligées parce qu’elles nécessitent beaucoup de paperasses, elles font pourtant partie des incontournables. Nous avons rencontré Thomas Rigaudeau, spécialiste de la question et résident chez Nextdoor. Cet entrepreneur, ex CEO de Visiogroup aujourd’hui reconverti dans l’accompagnement des levées de fonds publics, sait de quoi il parle !

Nextdoor — Le monde des start-up vit au rythme endiablé des levées de fonds qui font souvent grand bruit du fait des montants élevés, avoisinant parfois plusieurs millions d’euros. Et les fonds publics dans tout ça ?

Thomas Rigaudeau —  Les fonds publics sont souvent méconnus, probablement parce que les sommes peuvent être moins impressionnantes que les levées de fonds privées. Pourtant, ils offrent de nombreux avantages. Il n’y a aucune contrepartie capitaliste, ils ne requièrent pas de remboursement immédiat, sont pour la plupart à taux 0 et sans garantie personnelle. Beaucoup sont même aujourd’hui spécialisés dans l’innovation. La BPI, qui propose des aides allant jusqu’à 200 000 euros, a même signé une délégation auprès des principales banques de la place permettant d’obtenir une garantie bancaire BPI France pouvant aller jusqu’à 70 % du montant du prêt ! Et surtout, ce qui à mon sens est primordial, les fonds publics permettent d’augmenter les fonds propres de l’entreprise. Or, dans la course aux levées de fonds, les fonds propres sont déterminants.  

Justement, peux-tu nous en dire plus sur les fonds propres ? Quel rapport avec les levées de fonds ?

T.R. — Les fonds propres sont l’un des critères permettant de développer les investissements en fonds privés. C’est ce qui permet entre autres d’identifier le niveau d’engagement des actionnaires et de la société dans son projet d’investissement. Or cette donnée est souvent méconnue des entrepreneurs qui envoient à la hâte leur demande de financement sans connaître les mécanismes comptables derrière leur attribution, et sont ainsi renvoyés dans les cordes. 

Donc les fonds publics servent à augmenter les fonds propres ?

T.R. –  Oui et non ! Certains dispositifs peuvent revêtir la forme de prêts d’honneur attribués aux associés (à taux 0 et sans garantie personnelle) comme le propose le Réseau Initiative, le Réseau Entreprendre et pour les sociétés immatriculées à Paris, WILCO (ex. Scientipôle Initiative). C’est généralement la première étape qui permet de construire les fonds propres. À ce stade, j’interviens auprès de mes clients dans la création de leur documentation financière, notamment vis à vis des fonds propres. On peut alors amorcer une deuxième étape avec la recherche de dispositifs publics ayant pour effet la diminution des fonds propres. Ces dispositifs se « calent » sur le niveau des fonds propres de l’entreprise et permettent d’augmenter les disponibilités financières de cette dernière. Ils prennent en général la forme de prêts ou d’avances remboursables. On voit donc à quel point les fonds propres sont une donnée très stratégique dans la constitution de son plan de son financement.

Concrètement, quel type d’aides peut-on recevoir ?

T.R. — Les dispositifs les plus souvent sollicités sont, chronologiquement : les dispositifs de prêt d’honneur, permettant d’augmenter les fonds propres de l’entreprise (Réseau Entreprendre, Réseau Initiative et WILCO/ex. Scientipôle) ; les dispositifs de financement de l’innovation proposés par BPI et la Région sous forme de subventions ou avances remboursables, permettant de cofinancer les investissements ayant pour vocation la création d’emploi et la cohésion du territoire ; les dispositifs bancaires ou avances remboursables sur la base des fonds propres constitués par l’entreprise. 

Quels seraient tes conseils aux entrepreneurs qui s’intéressent aux fonds publics ?

T.R. — À mon sens, il est essentiel de passer par une bonne compréhension du business pour ensuite réaliser des documents fondamentaux de l’entreprise (présentation générale, business plan à 3 ans hors projet d’investissement, business plan à 3 ans avec projet d’investissement, plan de trésorerie et plan de financement). Puis on évalue quelles sont les aides pertinentes pour l’entreprise. Je préconise alors de ne solliciter qu’une seule aide à la fois afin d’éviter de noyer le dispositif demandé au sein d’une multitude d’autres dispositifs de financement. Malheureusement, c’est l’une des erreurs les plus souvent commises. Les fondateurs ont tendance à ne faire qu’un seul plan de financement qui va regrouper les 4/5e des dispositifs d’un coup et la réponse est bien souvent : « Revenez quand vous aurez obtenu les autres ».

Et toi, c’est quoi exactement ton job ?

T.R. —J’accompagne les entreprises pour leur permettre de financer leur projet d’innovation ou de rachat d’entreprise par le biais de dispositifs de financements publics. J’aime me présenter comme un artisan en financements publics. Artisan parce que j’instaure une vraie proximité avec mes clients afin de les accompagner correctement, avec la réactivité que cela requiert. Je revêts ainsi l’espace de quelques mois la casquette de cofondateur avec tous les devoirs qui incombent : compréhension des produits, des services vendus, du positionnement ; apprentissage sur le bout des doigts du marché ciblé. Bref, tout ce qui me permettra de défendre l’activité aussi bien qu’un autre membre de l’équipe fondatrice. C’est un métier cyclique qui me projette le temps de quelques mois au cœur des projets que j’accompagne.

Merci à Thomas Rigaudeau pour cette interview.

Retrouvez aussi le premier épisode de notre dossier Levée de fonds.