Avoir la fibre entrepreneuriale, c’est une chose, tenir son concept c’est fantastique, mais où trouver des fonds pour amorcer votre projet ? Banque, Région, fonds dédiés, financement participatif… et si vous commenciez par solliciter vos proches ?

Certains refuseront tout net par principe, mais d’autres y verront un moyen de réduire leurs impôts sur le revenu. Le gouvernement, lui encourage clairement les particuliers à investir dans les PME…


Love money ? De quoi parle-t-on ?

L’expression love money, également appelé en France l’argent des trois C (cousins, copains et cinglés) viendrait du Québec pour qualifier « l’épargne affective de proximité… ». Bref, le love money désigne tout simplement les fonds apportés par des particuliers (parents, amis, voisins, relations) à un porteur de projet qui leur est proche : ils participent donc au financement de l’entreprise de leur ami, fils ou neveu, soit en démarrage (constitution du capital social), soit en développement (en cas par exemple de croissance rapide, besoin en trésorerie pour un prototype, etc.).

En pratique, le cercle familial ou amical permet en général de lever de 20 à 50.000 euros :l’apport n’est pas plafonné, il est adapté pour un « petit projet » ou en complément d’autres fonds (voir notre série : le B.A.-ba d’une bonne levée de fonds, les aides publiques).

En France, cette pratique est traditionnellement encouragée par les pouvoirs publics (loi Dutreil en 2003, loi TEPA en 2007) et elle a récemment fait l’objet d’un amendement en novembre dernier afin de la promouvoir (voir plus bas), sur fonds de casse-tête parlementaire.

Comment ça marche ?

On ne peut plus simplement ! Une fois votre étude de marché faite, votre business plan achevé (un comptable peut vous aider) et vos besoins estimés, vous pouvez vous tourner vers ceux de vos proches qui vous semblent être en mesure de pouvoir (et vouloir) vous donner un coup de pouce sonnant et trébuchant.

C’est le dernier document (le plan financier prévisionnel), qui vous sera utile pour expliquer votre problématique…

Choisissez au préalable la forme du coup de pouce qui vous convient le mieux et qui a le plus de chances de séduire votre interlocuteur, car le love money se décline à la carte :

  • Le don (éventuellement via une plateforme de crowdfunding) ou le don contre don (vous offrez en retour un échantillon, un service…).
  • Le prêt, contractualisé (vivement conseillé : voir des modèles) ou non… via une plateforme de crowdlending…
  • La prise de parts dans la (future) société, qui garantit à l’investisseur une partie des bénéfices à venir : cette dernière formule devant être formalisée dans les statuts de la société, il est alors recommandé de faire appel à un juriste. Par ailleurs, le ticket d’entrée étant souvent faible, le nombre d’actionnaires peut rapidement augmenter : veillez à bien poser les règles !

Quel est l’intérêt de la love money ?

1 – Solution agile par excellence (aucune démarche administrative n’est imposée), une telle option peut se réaliser très rapidement, en fonction de votre pouvoir de persuasion (et des moyens de votre entourage).

2 – Comme le crowdfunding en général, le love money est l’occasion de confronter votre projet au public et de réaliser au passage une première étude de marché, l’idéal étant d’en profiter pour engager la conversation avec vos « mécènes » (les regards extérieurs, y compris non avertis sont souvent très pertinents !).

3 – Les banquiers voient généralement ce genre de démarche d’un œil favorable, dans la mesure où elle vous contraint à affuter vos arguments et consolider votre business plan.

4 – Enfin, un avantage à l’intention de vos actionnaires : le love money est déductible fiscalement, notamment dans le cas d’investissement en capital :

  • La réduction d’impôt sur le revenu (dite « réduction d’impôt Madelin »), auparavant de 18%, a été portée en novembre dernier à 30%. Attention cependant, cette déduction rebaptisée IR-Madelin est plafonnée à 10.000 € et le dispositif n’est reconduit qu’un an (pour l’instant).
  • Enfin, si la société est déclarée en cessation de paiement dans les huit ans suivant sa constitution, les personnes physiques qui ont souscrit en numéraire à son capital peuvent bénéficier d’une déduction d’impôt égale au montant de leur souscription.

Gare !!!

1 – Ce n’est pas parce que vous empruntez à votre riche grand-oncle qui n’y connait rien, que cela vous dispense de lui rendre des comptes ou vous autorise à gérer votre pécule à la légère (voire, faire autre chose avec l’agent) : au contraire, faites un travail fin d’analyse des chances et faiblesses.

2 – Pas de messes basses à table : votre démarche peut être mal perçue par les autres membres de la famille, dans les fratries notamment, si ce sont les parents qui donnent/prêtent. Soyez transparents et honnêtes pour éviter les malentendus. Encore mieux, prévoyez un dispositif de dédommagement alternatif ou compensation en cas d’échec (ce peut être par exemple, une déduction dans l’héritage, etc.).

3 – Attention au manque d’information : assurez-vous que votre interlocuteur a bien compris les termes de votre arrangement (don pur et simple, prêt : échéances et modalités de remboursement…). Prévoyez un reporting informel mais sérieux, qui constituera en outre un excellent exercice.

Alors ? Enthousiaste ou réticent ? Certes, mélanger argent, travail et famille/amis est une « sacrée » prise de risque… ou une belle opportunité pour toutes les parties. Simple façon de lire le monde.

Ce qui est objectif, c’est que le dispositif fiscal mis en place depuis le 1er janvier (pour un an, seulement, rappelons-le) est avantageux pour ceux qui chercheraient à investir plutôt que de payer leurs impôts « plein pot ». Ce qui est sûr également, c’est que nul ne peut savoir en quoi votre grand-oncle se transformera, une fois qu’il aura investi dans votre affaire : à vous de sentir à qui vous pouvez vous adresser, ne pas vous laisser déborder et vous donner les moyens de rassurer votre mécène… mais aussi de faire l’impossible pour tenir vos engagements. N’est-ce pas là une motivation supplémentaire ?

 

[Dossier] Le B.A.-BA des levées de fond