Quand on parle de transformation numérique et de place croissante des outils digitaux dans notre vie, c’est un peu le serpent qui se mord la queue : face aux nouveaux usages qui en découlent, les entreprises s’adaptent, en augmentant leur présence en ligne pour mieux communiquer avec leurs clients, poussant lesdits clients à devenir encore plus accros… Côté pro, point de networking possible sans réseaux sociaux professionnels en plus de nos comptes perso. Avec tout ça, n’est-ce pas le risque d’addiction qui pointe le bout de son nez ? Alors comment faire pour lutter contre la cyberdépendance et maintenir le digital à sa place d’outil et non de vie ? On fait le tour de la question.

Côté pile, les chiffres qui font mal à propos du mobile

Dans sa dernière étude sur l’usage du mobile, le cabinet Deloitte souligne une place croissante du mobile dans notre vie quotidienne. Quand on découvre que 41% des Français consultent leur téléphone au milieu de la nuit, et que 7% en profitent pour répondre à leurs messages, on se dit qu’il y a un truc qui cloche, quand même. Et on s’inquiète encore plus quand on apprend que 81% de nos compatriotes utilisent leur smartphone pendant qu’ils sont à table en famille ou avec des amis (ma grand-mère aurait deux trois choses à leur dire sur les bonnes manières, à ceux-là).

Nous sommes 1 internaute sur 2 à ne pas pouvoir se passer d’internet sans ressentir de manque, selon une étude de 2016 du CREDOC (que celui qui n’a jamais paniqué en découvrant qu’il n’y avait ni 4G ni wifi dans la maison de campagne où il passe son week-end me jette le premier smartphone), et nous passions presque 6 heures par jour sur Internet en additionnant la navigation sur ordinateur et sur mobile (Etude We are social, 2015) Au total, nous passons en moyenne (tenez-vous bien) 99 jours par an sur nos mails (Etude d’Adobe – 2016) !

 

Côté pro, digital is the new obligation

Dans la sphère professionnelle aussi, notre vie numérique prend une place croissante. Entre l’avalanche d’emails auxquels il faut répondre tout de suite maintenant, la présence obligatoire sur les réseaux sociaux pour animer le sien, faire de la prospection et affirmer son point de vue, il est devenu impossible de faire l’impasse sur le digital si l’on veut développer son activité et sa notoriété. Les risques liés à l’e-réputation imposent aussi aux entrepreneurs de surveiller en permanence les éventuelles retombées de leurs actions et discours, les entraînant dans une spirale que l’on a envie d’appeler infernale. L’infobésité, mot valise qui a fait son apparition depuis quelques années, causée par les notifications incessantes, les trop nombreux emails que l’on n’a plus le temps de lire et la circulation accélérée de l’information, provoque angoisse et dépression chez de nombreux travailleurs, pouvant les conduire jusqu’au burn out, sans parler des répercussions sur leur vie personnelle et familiale.

Le spectre de la cyberdépendance

Le mot a été inventé presque en même temps qu’Internet faisait son apparition dans les foyers occidentaux : dès 1996 (eh oui), la psychiatre américaine Kimberley Young évoquait l’addiction à Internet et ses symptômes caractéristiques, une définition depuis largement reprise par d’autres chercheurs, sociologues et psychologues. On parle de cyberdépendance lorsque l’usage d’Internet des nouvelles technologies « se traduit par une utilisation persistante et récurrente des technologies ou des moyens de communication offerts par Internet, qui engendre des difficultés chez l’individu, amenant un sentiment de détresse et des problèmes au niveau psychologique, social ou professionnel ». Elle n’y va pas avec le dos la cuillère puisqu’elle a même déclaré « [L’addiction à Internet] est un problème qui peut être plus envahissant que l’alcoolisme dans ce pays ». Bim. La même Kimberley a d’ailleurs lancé aux USA la première cure de désintoxication pour addicts à Internet dans un hôpital psychiatrique de Pennsylvanie. Si vous ne vous sentez pas encore accroc au point de vous faire interner volontairement, vous pouvez évaluer votre degré de nomophobie (phobie liée à la peur excessive d’être séparé de son téléphone mobile, voilà-voilà) grâce à ce test établi par des chercheurs de l’Université d’Iowa et repris sur Slate.fr. Si vous explosez le compteur de points, il est temps de vous poser des questions sur votre rapport aux outils digitaux, et aux moyens de leur donner une place plus raisonnable dans votre vie… afin, justement, de vivre dans la vraie vie.

Les impacts psychologiques et physiques de la cyberdépendance

Si vous n’êtes pas encore convaincu que le sujet mérite de se poser (honnêtement) la question, voici quelques un des symptômes répertoriés par Mme Young et ses nombreux confrères chercheurs, sociologues and cie qui s’y sont intéressés. Être accroc à ses outils digitaux peut provoquer un état de manque lorsqu’ils ne sont plus, ou moins, disponibles, entraînant irritabilité, colère ou ennui, à tel point que l’on se désintéresse des activités hors ligne. Le besoin augmente avec l’usage : c’est comme le chocolat, plus on en mange et plus on en a envie, avec Internet c’est pareil, plus on y est, plus on a peur de rater quelque chose si on décroche. Tout ceci entraîne des conséquences négatives : fatigue (forcément, si on se relève la nuit pour consulter ses messages…), altération des relations personnelles et professionnelles, sans parler du couple et de la famille, premières victimes de cette overdose d’octets. Le corps souffre autant que l’esprit : sécheresse de yeux, maux de crâne et de dos, insomnies (merci la lumière bleue), syndrome du canal carpien… Et si on arrêtait de se faire du mal ?

Les bonnes pratiques se développent en entreprise

Même s’il serait illusoire dans le monde professionnel actuel de vouloir à tout prix limiter Internet et les outils digitaux, il est en revanche possible et conseillé d’encadrer leur usage.

De grosses entreprises, comme EDF ou la Société Générale, recommandent ainsi à leurs salariés de préférer le face à face au mail dans leurs échanges pour privilégier la qualité à la quantité. D’autres, comme Canon, mettent en place une fois par trimestre une journée sans mail.

Charte du bon usage du mail afin de limiter les envois entre salariés, mise en place d’outils collaboratifs comme Slack ou One Drive pour centraliser les échanges sans bombarder les gens d’emails, de plus en plus d’entreprises incitent leurs salariés à changer leurs pratiques afin de faire redescendre la pression digitale. Et vous, où en êtes-vous dans votre entreprise ? Incitez-vous les gens à lâcher leur smartphone de temps en temps ?

Les règles d’une vie connectée ET équilibrée

Parce que la cyberdépendance ne fait pas la différence entre vie pro et vie perso, voici quelques bonnes idées à mettre en place… sans attendre, pour gérer son temps de connexion au quotidien !

  • Passage automatique en mode avion après 21h le soir (car non, le monde ne s’arrêtera pas de tourner si vous mettez 12h au lieu d’une à répondre à un message direct sur Twitter)
  • Relégation du smartphone et de la tablette dans le salon pendant la nuit, afin de s’obliger à faire autre chose au coucher et au réveil que consulter ses messages
  • Suppression des applis non indispensables à la vie quotidienne
  • Réglages des notifications des applis survivantes pour limiter les sollicitations
  • Réserver 1h chaque jour à l’examen approfondi de vos réseaux sociaux et aux réponses aux messages… mais pas plus !
  • Utiliser un bon vieux podomètre des familles plutôt qu’une montre connectée si vous tenez absolument à savoir si vous avez fait 4 536 ou 5 342 pas aujourd’hui…
  • Mettre en place de nouvelles activités de détente, sociales et/ou sportives (yoga, colunching, footing, etc.), afin d’utiliser de manière plaisante le temps que vous récupérez en cessant de naviguer sans but précis pendant des heures sur votre smartphone
  • S’imposer au moins une journée par mois sans connexion, où vous coupez le forfait data de votre smartphone pour n’utiliser que sa fonction première : le téléphone. Choisissez un dimanche, ce sera plus facile.

Évidemment, ces bons conseils s’appliquent aussi bien à la sphère pro que perso… mais inculquer à vos collaborateurs quelques les règles élémentaires, comme fermer son ordinateur en réunion, poser son téléphone pendant la pause déjeuner, couper les notifications lorsqu’ils doivent se concentrer, etc. c’est poser les bases d’une nouvelle façon de vivre avec nos outils préférés et suggérer qu’il y a d’autres façons de faire, sans pour autant se couper du monde.

Pour vous donner la première impulsion, pourquoi ne pas choisir le 28 février prochain, date de la Journée Mondiale sans Facebook ? ça vous laisse un peu de temps pour préparer sereinement votre plan de bataille contre l’invasion digitale… Bonne déconnexion !