Et si l’usine du futur existait déjà ? La cobotique, contraction de « collaboration » et « robotique », est une révolution en expansion depuis maintenant quelques années. Pas de panique pour l’instant, nous sommes loin des robots-envahisseurs qui prendraient entièrement la place de l’humain au travail. Il s’agit plutôt d’apporter plus de confort pour les collaborateurs et d’amener à des gestes plus précis.

Votre nouveau collègue 4.0

Cette discipline technologique promeut le travail « main dans la pince » avec les robots. L’automatisation partielle qui en émane se décline sur trois niveaux, permettant à toutes les tailles d’entreprises (ou presque) d’y trouver leur compte.

  • La forme la plus « primaire » est celle du robot dit « téléopéré », qui permet d’accomplir des tâches dans des zones trop dangereuses pour l’humain, aux abords d’un réacteur de centrale nucléaire par exemple.
  • On retrouve ensuite la comanipulation, qui allie précision de la machine et savoir-faire de l’homme.
  • Enfin, nous retrouvons les exosquelettes, aux portes du transhumanisme, qui accordent à l’homme des capacités décuplées en termes de force et de méticulosité.

Tranquillisez-vous toutefois, car en prévision d’une éventuelle future rébellion, l’artiste Filipe Vilas-Boas a déjà prévu le coup en mettant en scène un bras automatisé qui copie en boucle « I must not hurt humans », à l’image d’un enfant qui aurait volé le goûter de son camarade à la récréation.

 

La France capitalise sur ses talents

Le cabinet ABI Research comptait, en 2015, 3030 « cobots » vendus dans le monde, et annonce plus de 40.000 ventes pour l’année 2020. Barclay Equity Research prévoit quant à lui 150.000 ventes pour cette même année. Malgré cette disparité dans les estimations, l’avenir des « cobots » sur le marché des robots industriels promet d’être bien plus radieux qu’aujourd’hui.

Face à ce véritable moteur de croissance pour les entreprises dans le monde, la France, connue mondialement pour sa « FrenchTech », n’est pas en reste. Pour preuve, le mastère « Colrobot » a vu le jour à Lille sur le campus de l’Ensam en octobre 2016. Ce programme permet de former les futurs ingénieurs en robotique qui créeront les assistants de demain, et ce, pour des domaines divers et variés, allant de l’industrie du luxe au domaine médical en passant par les équipements énergétiques.

Dès 2015, le ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique lançait en outre le Plan robotique dans le cadre de la Nouvelle France Industrielle. Et pour accompagner ce lancement, le premier concours national de robotique collaborative a aussi vu le jour. L’objectif de ce plan ? Construire l’industrie du futur et « réussir la nouvelle révolution industrielle ». Les PME et ETI industrielles peuvent ainsi être accompagnées dans leur développement stratégique, comme technologique.

 

L’intelligence artificielle dans des robots : bonne ou mauvaise idée ?

Les « cobots » sont pour l’instant dotés d’Intelligences Artificielles (IA) dites « faibles », et la question est de savoir si une évolution poussée dans ce sens serait bénéfique ou non.

Les IA sont de fait de plus en plus présentes dans notre paysage, allant du « simple » Google Home jusqu’aux robots d’accueil, dotés de technologies qui permettent d’analyser les réactions des humains pour adapter leurs réponses. Ces nouveaux robots sont clairement destinés à la coopération avec l’homme : l’IA est donc ici un atout qui permet une meilleure communication entre les deux protagonistes et plus de possibilités d’actions pour le robot. Pour autant, si l’on développe les IA des robots collaboratifs à un degré trop élevé, le robot pourra alors travailler toujours plus indépendamment de l’humain voire le remplacer, créant ainsi l’effet inverse voulu par l’actuel mouvement collaboratif 4.0.

La cobotique a pour objet d’utiliser les prouesses technologiques contemporaines, tout en gardant le contrôle sur ces dernières. Ce qui est sûr, c’est que les métiers de l’industrie vont changer, évoluer et que de nouveaux métiers vont émerger pour contrôler, piloter, programmer et interagir avec ces machines.

L’avènement de ce procédé peut diviser, il restera toujours des inconditionnels du « bug de l’an 2000 » effrayés, à tort ou à raison par une domination future du monde par les machines. Mais concernant l’industrie, les avantages sont multiples, des conditions de travail de meilleure qualité, plus efficient, et des employés qui conservent leurs postes tout en gagnant en compétences et en confort.

[Interview Expert]
Les nouvelles interfaces de la parole au secours de l’industrie avec EA4T/AIrudit

Philippe Lebas est à la tête de la société EA4T/AIrudit, spécialiste de l’interface de la voix. En plus de proposer des solutions personnalisées aux entreprises en fonction de leur métier, lui et son équipe mettent aussi leur savoir-faire au service de l’industrie. Il répond à quelques questions sur ses projets avec l’industrie.

C’est quoi AIrudit ?

Nous avons inventé une plateforme de services qui donne la possibilité de créer des passerelles entre utilisateurs et machine par la voix et le texte. Notre plateforme s’attache à reconnaître le langage naturel et les spécificités métiers, grâce à la création d’ontologie. Nous ne sommes pas fournisseurs de logiciel, mais nous produisons des API qui permettent de comprendre les gens et de comprendre un métier.

AIrudit et l’industrie, cela fonctionne comment ?

Nous sommes acteurs de la cobotique et de l’homme augmenté dans le sens où nos interfaces sont utilisées afin de faciliter la communication entre homme et robot. Ainsi, nous travaillons par exemple en ce moment sur des systèmes de contrôle par la voix avec Akka Technology. De cette façon, il est possible de réaliser des tâches plus complexes, puisque la possibilité de contrôler la machine par la voix permet de libérer les deux mains d’un intervenant.

En quoi est-ce différent des autres interfaces vocales du marché ?

Dans le secteur industriel, il y a beaucoup d’autres paramètres à prendre en compte pour la reconnaissance vocale. Pour commencer, il y a le bruit, tout simplement. L’environnement sonore est souvent plus important qu’au sein de votre domicile. Notre interface doit donc être en mesure de comprendre l’ordre donné, en parvenant à faire le tri entre les différentes sources de son. C’est pourquoi nous avons un travail à faire en amont sur les environnements bruités et bruyants, afin d’être aussi efficaces en usine que sur un tarmac. Nous travaillons aussi d’ailleurs sur la reconstruction des mots non compris ou encore sur les émotions, pour comprendre si la personne est énervée ou non, par exemple.