L’intelligence artificielle suscite bien des débats depuis la publication du rapport Villani. Où en est la France avec ces nouveaux outils ? Pourquoi sommes-nous à la traîne ? Décryptage des freins, perspectives et chiffres clés, avec Renaud Colin, expert en data.

L’intelligence artificielle, véritable buzz word de l’année 2018, suscite bien des commentaires, fantasmes et craintes, au sein des entreprises comme chez les particuliers. Commençons par le commencement, à savoir définir les contours de cette intelligence, que nous appellerons de son petit nom, IA, pour la suite de cet article.

IA, parlons de toi

Apparu en 1956, ce concept propose de « doter des machines de systèmes informatiques ayant des capacités intellectuelles comparables à celles des êtres humains », selon la définition du CNTRL (Centre national de ressources textuelles et lexicales).

Renaud Colin, spécialiste de la data au service du business, distingue aujourd’hui deux types de recherches sur l’intelligence artificielle. Celles qui portent sur des robots ou machines programmés pour réaliser des tâches spécifiques, et celles qui portent sur le deep learning, avec des programmes qui reproduisent le fonctionnement d’un cerveau grâce à des réseaux de neurones artificiels, et capables d’autonomie dans l’apprentissage, la prise de décision et l’exécution de tâches.

« Les géants de la Silicon Valley et la Chine se sont positionnés très en amont sur ces recherches avec des budgets très élevés, et ont aujourd’hui une avance considérable, explique Renaud. La France et l’Europe ont un retard conséquent, qui pourra peut-être se combler dans les trois ou quatre prochaines décennies, mais on devra déjà performer dans l’éducation des entreprises et des prochaines générations. »

Les Français et l’IA : je t’aime, moi non plus

Entre fantasmes issus de la science-fiction, rumeurs et informations incomplètes, l’IA reste un domaine méconnu du grand public et de nombreux professionnels (pour en savoir plus, retrouvez notre série sur l’IA, épisodes 1 à 6). Selon des chiffres publiés par la BPI1 en 2016, 65% des Français considèrent l’IA comme une menace, contre seulement 22% chez les Britanniques… Et les scenarii alarmistes, qui prédisent que d’ici à 2030, elle aura remplacé 15 à 20% des métiers, n’aident pas à faire passer les bons messages. « On navigue entre fantasme et méfiance, essentiellement par manque de communication sur le sujet, estime Renaud Colin. En France, peu de personnes sont capables d’identifier une IA quand elles y sont confrontées : forcément l’inconnu fait peur. Il y a un vrai besoin, urgent, de démocratiser l’IA et ses usages en France. En Chine, seulement 10% de la population craint l’IA, cela montre qu’il y a vraiment un lien avec l’éducation sur ce thème. »

L’emploi, première victime de l’IA ?

Côté business, l’une des craintes récurrentes à propos des progrès de l’IA est son impact sur l’emploi. Plusieurs sons de cloche se font entendre sur le sujet. La BPI avance le chiffre de 16% des emplois remplacés par l’IA d’ici à 2030. L’OCDE, en 2016, évoquait 9% des emplois menacés dans les pays qui la composent à horizon 2030, tandis que des chercheurs de l’Université d’Oxford annonçaient, en 2013, 47% d’emplois américains2 menacés par l’IA. À l’extrême opposé, une étude de Capgemini4, menée auprès d’un millier d’entreprises réparties dans neuf pays et différents secteurs, mesure que 83% des entreprises qui ont déployé de l’IA ont créé de l’emploi (dans les deux-tiers des cas au niveau cadre supérieur).

En résumé, on n’en sait pas grand-chose… Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et penseur de l’intelligence artificielle, considère qu’à court terme, il faudra afficher dans son métier une certaine compatibilité avec l’IA. Cédric Villani, mathématicien et auteur du récent rapport commandé par le gouvernement sur l’IA, estime qu’il est difficile de prédire ses effets sociaux, mais envisage plutôt une alliance entre l’IA et les humains.

« Alarmistes ou pas, conclut Renaud Colin, ces propos ont le mérite de mettre l’IA au cœur du débat et d’inciter les gens à se poser la question. Beaucoup d’entreprises sont loin d’avoir pris la mesure du potentiel qu’elle recèle. »

Les entreprises françaises à la traîne sur le sujet

Les cabinet TCS et IDC ont pris le pouls des entreprises françaises début 2018 afin d’évaluer leur rapport à l’IA. Il en ressort que 49% d’entre elles ont un niveau de maturité faible3 et ne sont encore qu’au stade de la réflexion ou de la compréhension sur ces sujets. « Si la plupart des grandes entreprises ont déjà intégré l’IA, l’une des plus médiatisée étant l’agent conversationnel, au niveau des PME et TPE, très peu de projets prévoient de l’intégrer », appuie Renaud Colin. Plusieurs freins ressortent, notamment la complexité de la mise en œuvre des projets intégrant l’IA, les compétences spécifiques que ces derniers requièrent, leur coût important, la perte de contrôle sur les données de l’entreprise, et les obstacles culturels et organisationnels. « La simple data peut déjà bousculer les business models. Son analyse remet souvent en question la perception que les chefs d’entreprises ont sur leurs activités, ouvre de nouvelles perspectives, et forcément, cela crée des incertitudes auxquelles tous ne souhaitent pas se confronter. »

Demain, toutes les entreprises seront-elles concernées par l’IA ?

Oui, et re oui, affirme Renaud Colin. Et il n’est pas le seul. « Tout comme l’électricité a transformé un secteur industriel après l’autre il y a un siècle, l’IA fera de même à présent », a déclaré Andrew Ng, fondateur de Coursera, ancien responsable scientifique de Baidu, professeur adjoint à Stanford, et cofondateur du Google Brain Project. Le cabinet Accenture estime même que l’IA est porteuse de croissance et rentabilité accrues pour les entreprises, avec 38% de rentabilité supplémentaire en moyenne à gagner pour les entreprises d’ici à 2035, grâce à la simplification des tâches complexes, l’amélioration des process et les nouveaux outils et services.

« Il y a un nouveau marché qui s’ouvre sur les PME et TPE, le potentiel est énorme, explique Renaud Colin. Sur les projets de big data, il y aura une première phase de traitement et d’exploitation de la donnée à passer. Cela donnera déjà de nouvelles perspectives de développement aux entreprises et amorcera la phase suivante pour la prise de conscience et d’intégration de l’IA ! »

Ces pépites françaises qui assurent le rayonnement IA de l’Hexagone

Même si le rapport Villani pointe du doigt un retard certain de notre pays sur le sujet, pas question pour la France de rester sur le banc de touche. « Le budget français alloué à la recherche sur l’IA, même s’il reste insuffisant comparé à celui de la Silicon Valley ou de la Chine, va insuffler du dynamisme et de la curiosité », se réjouit Renaud Colin.

Dans le développement de l’IA, la France peut compter sur une recherche de qualité, et des start-up ultra innovantes bien décidées à faire la course en tête. Citons par exemple Shift Technology, une solution anti-fraude qui aide les assureurs à détecter les déclarations de sinistre suspectes et qui a conquis une quarantaine d’assureurs du monde entier. Ou encore EasyMile et Navya, deux pépites françaises qui développent des navettes sans conducteur, déjà en circulation dans plusieurs pays. La jeune pousse Qopius propose aux supermarchés d’optimiser la gestion de leurs stocks grâce à des caméras connectées couplées à de la reconnaissance d’images. La société parisienne Snips ambitionne quant à elle de rivaliser avec les solutions de Google et Amazon grâce à son assistant vocal embarqué adaptable à tout type d’appareil.

Et on en oublie beaucoup parmi les 285 référencées par l’initiative France is AI, dans des secteurs aussi divers que la santé, la banque, le tourisme, le droit, etc.

Comment prendre le train de l’IA ?

Si vous vous demandez comment vous mettre à la page sur le sujet, le magazine Forbes propose une série de conseils aux entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans l’IA. En voici un aperçu :

1 – Acquérir des connaissances sur l’IA, le machine learning et le deep learning, ainsi que leurs applications dans l’industrie.

2 – Recruter les bons talents dans son équipe, et encourager l’innovation dans l’ensemble de l’entreprise. Identifier les bons conseillers qui suivent de près l’évolution de l’IA afin de s’appuyer sur leur expertise.

3 – Travailler sur le sujet de manière transverse, en intégrant différents départements de l’entreprise, tout en conservant une vision globale sur la stratégie de l’entreprise.

De manière plus concrète, pourquoi ne pas améliorer votre présence en ligne grâce à l’outil Heek, un robot qui réalise des sites web en temps réel en étant commandé par la voix ? Vous pouvez aussi améliorer la qualité de votre relation client en implémentant un chatbot capable de fournir des conseils et informations, tout en collectant de précieuses données. Quant à ceux qui cherchent le prestataire capable de les accompagner dans cette transformation (ou n’importe quelle autre prestation), appuyez-vous sur la start-up Silex, qui utilise l’IA pour faire du sourcing de fournisseurs avec l’objectif de vous faire gagner en temps et en efficacité.

Suivre l’actualité de l’IA

Vous voulez vous immerger dans cet univers en ébullition constante ? Réservez vos 11 et 12 juin prochain pour le salon AI Paris 2018, qui réunit à la Cité de la mode de nombreux speakers et exposants. Et voici quelques liens vers des conférences inspirantes et éclairantes qui pourront enrichir votre point de vue sur l’intelligence artificielle, car plus le niveau d’éducation et la curiosité sur ce sujet se développeront, et mieux nous saurons tirer parti de cette nouvelle révolution sociale et industrielle.

 

MERCI À

Renaud COLIN est exploitant de l’information. Il propose un large éventail de services à ses clients, qui va de l’accompagnement au pilotage de leurs projets smart-data. Il affectionne particulièrement de construire la relation avec les branches métiers. Il se passionne pour les perspectives ouvertes par l’intelligence artificielle.

 

 

Article rédigé par Clémentine Garnier pour
Nextdoor, Business Humanizer

 

  1. Infographie Comprendre le marché de l’intelligence artificielle, BPI France – le HUB
  2. Source The Future of Employment: How susceptible are jobs to computerisation ?, 2013
  3. Source Tata Consultancy Services et IDC, étude Les entreprises françaises sont-elles prêtes pour la révolution de l’IA ?, mars 2018 
  4. Source étude Capgemini « Turning AI into concrete value: the successful implementers’ toolkit », 2017