En réponse aux grèves, aux bouchons, à la pollution, au manque de temps pour faire du sport, la « micromobilité » gagne du terrain en ville. En témoignent le nombre croissant de trottinettes, gyroroues et vélos croisés sur le trajet du bureau. Plus qu’une mode, on parle d’un véritable phénomène de société. Alors, pourquoi pas vous ?

À ceux qui doutent encore d’un changement profond des mentalités sur l’usage de la voiture et des transports en commun, la multiplication dans les grandes villes des trottinettes et des vélos électriques constitue une réponse très visible. Pics de pollution, restriction de l’usage des automobiles en centre-ville, grèves à répétition : les citadins excédés ont pris les devants sur des aménagements qui tardent à voir le jour, et se sont appropriés de nouveaux modes de déplacement urbains, notamment grâce aux VLEU.

En VLEU-tu, en voilà

Les VLEU sont en effet les nouvelles stars de la mobilité douce urbaine. VLEU comme Véhicules Léger Electrique Unipersonnel, comprenez trottinette électrique, hoverboard (planche à rouler électrique dans la langue de Voltaire), monoroues gyropodes, sans oublier les vélos, pliables ou pas, électriques ou pas, et la liste s’allonge chaque mois avec de nouvelles innovations venues des quatre coins du monde. Le marché est essentiellement tiré par la trottinette électrique, légère, facile à ranger dans le coffre de la voiture ou sous son bureau, plus difficile à voler, et le vélo électrique, dont le prix n’effraie plus le grand public : il s’en écoule désormais environ 100 000 exemplaires par an en France.

La micromobilité a le vent en poupe

Qu’on les utilise pour réaliser la totalité de ses trajets quotidiens ou en complément des transports en commun, ces engins sont devenus incontournables dans la réflexion des citadins sur leurs trajets du quotidien.

Dans toutes les grandes villes, le réseau de pistes cyclables ne cesse de s’étendre pour accueillir le flux croissant de ces usagers urbains hybrides, mi-piétons, mi-roulants. Paris, qui a annoncé son ambition de devenir la capitale internationale du vélo d’ici à 2020, anticipe environ 15% des trajets urbains à bicyclette à cet horizon, et a lancé l’aménagement de 61 km de pistes cyclables et de 10 000 places de stationnement de vélos supplémentaires.

À Paris, depuis le 22 juin 2018, la start-up américaine Lime propose plusieurs centaines de trottinettes électriques pouvant être louées via un smartphone, sur le même principe que les flottes de vélos en libre-service et sans station. L’application (dispo sur Google Store et App Store) affiche les trottinettes situées à proximité, que l’on pout louer pour la modique somme d’un euro, puis 15 centimes par minutes. Une vraie révolution qui illustre l’engouement autour de ces nouveaux modes de déplacement.

Première motivation : le gain de temps

Éloïse, jeune mompreneur qui effectue chaque jour sept kilomètres entre son domicile et son bureau, s’est décidée il y a un an à enfourcher un vélo électrique, ou plutôt VAE en langage d’expert (pour Vélo à Assistance Électrique). « Je suis assurée d’arriver à l’heure, et j’ai gagné vingt minutes sur mes trajets : lorsqu’on a des enfants à récupérer le soir, c’est précieux ! » Même son de cloche du côté de Simon, kinésithérapeute, qui, après avoir déménagé son cabinet, avait le choix entre 40 minutes de bus dans les bouchons ou dix minutes de trottinette électrique. « Je n’ai pas réfléchi très longtemps, et je suis ravi de mon choix, je l’utilise désormais pour tous mes trajets urbains, plus seulement pour aller travailler. ».  La SCNF peut bien enchaîner les grèves perlées, Camille, cycliste urbaine de la première heure, s’en fiche : « Cela fait des années que j’ai abandonné les transports en commun pour le vélo, et même les jours de pluie, je ne le regrette pas. C’est une habitude à prendre : ensuite, on se demande comment on faisait avant. »

Même les constructeurs automobiles s’y mettent !

Signe des temps, les constructeurs n’ont pas l’intention de se laisser déborder par ce nouveau marché et jouent la carte de la complémentarité avec la voiture. Se garer en ville est devenu un véritable casse-tête pour les automobilistes ne disposant pas de parking à destination, et glisser une trottinette dans le coffre permet aux conducteurs de terminer leur trajet sans difficulté. Peugeot propose ainsi (en option, ne rêvons pas) une trottinette électrique qui se range et se charge dans le coffre de la 3008. Même démarche chez Hyundai, qui a présenté au Salon CES de Las Vegas 2017 sa trottinette Ioniq ultra compacte, qui se recharge dans la portière et assure pour le dernier kilomètre.

Chacun sa route, et chacun sa roue

Face aux étranges engins que vous croisez le matin sur le trajet du bureau, vous vous interrogez peut-être sur les performances et bénéfices de chacun ? Voici un rapide aperçu de leur fiche d’identité respective.

1. Le vélo traditionnel

On ne présente plus la petite reine, qui séduit de plus en plus d’aficionados en ville. Avec une vitesse moyenne de 14 km/h, elle est le moyen de transport le plus rapide sur de courts trajets urbains comparé à la voiture, et même au scooter sur certains itinéraires ! En bonus, le vélo représente un exercice physique très complet, sollicitant les jambes, les abdos, le dos, les fesses mais aussi tout le système cardiovasculaire. Pratiqué de manière régulière, il remplace haut la pédale un coûteux abonnement à la salle de sport, si l’on en croit une étude scientifique danoise (Scandinavian Journal of Public Health).
Vitesse moyenne : en fonction de vos mollets
Prix milieu de gamme : entre 300 et 500 € pour un vélo de qualité correcte et d’un poids raisonnable.

2. Vélo à assistance électrique

Star montante du bitume, il réussit désormais à séduire même sans subvention des collectivités locales. Avec lui, finis les redémarrages chancelants et les côtes laborieuses, le moteur prend le relais lorsque le jarret faiblit, et transforme n’importe quel trajet en paisible promenade, sauf si l’on décide de couper l’assistance électrique pour faire de l’exercice. On arrive au bureau frais comme un gardon, sans avoir transpiré, ni peiné sur ses pédales

Il ne nécessite pas de permis ni d’assurance spécifique. À ne pas confondre avec les speed e-bikes, qui grimpent jusqu’à 45 km/h, n’ont pas le droit de rouler sur les pistes cyclables et nécessitent immatriculation et port du casque.
Vitesse moyenne : autour 19 km/h, avec des pointes possibles jusqu’à 25 km/h.
Prix milieu de gamme : autour de 1 500 € pour combiner bonne autonomie et fiabilité.

3. Trottinette

Elle a connu un retour foudroyant dans les années 90, se cantonnant toutefois à une poignée d’adulescents joyeusement moqués par leurs pairs. La donne a bien changé, et avec un million de trottinettes vendues chaque année, elle a gagné une place de choix dans les foyers français. Légère et pliable, elle complète à merveille des trajets en transport en commun, et sait se faire oublier une fois arrivée à destination. Très facile à prendre en main, son apprentissage est immédiat.
Vitesse moyenne : dépend de l’ardeur de son chauffeur, mais autour de 9 km/h une fois lancée.
Prix milieu de gamme : environ 120 € pour un modèle léger et solide.

4. Trottinette électrique

Elle présente les mêmes atouts que sa grande sœur sans moteur, avec une vitesse de déplacement autour de 20 km/h pour une autonomie de 20 à 25 km selon les modèles… et les dénivelés rencontrés sur le trajet ! Apprentissage immédiat et simplicité d’utilisation sont au rendez-vous, pour un poids limité à une dizaine de kilos.
Vitesse moyenne : 20 km/h
Prix milieu de gamme : environ 800 €

5. Monoroue, l’outsider qui gagne du terrain

Contrôlés en apprivoisant la force gyroscopique, ces engins ont un petit air futuriste qui séduit de plus en plus de citadins. L’apprentissage du monoroue est assez ardu, aussi, de nombreuses boutiques proposent désormais des stages de prise en main. Le port du casque est recommandé, même si les utilisateurs soulignent une bonne stabilité, notamment dans les passages du trottoir à la chaussée.
Vitesse moyenne : autour de 25 km/h
Prix milieu de gamme : environ 1 000 €

Des accessoires vraiment cool

Mignonne pince à jupe made in France, sac à dos connecté dont les bretelles vibrent pour nous indiquer la bonne direction, casque avec airbag intégré, porte-parapluie qui s’accroche au guidon, combinaison de pluie funky (et bien visible), les innovations fleurissent pour équiper et sécuriser les nouveaux riders urbains avec style. Un bon moyen d’affirmer son style et son âme d’early adopter tout en améliorant sa sécurité  !

Côté Code de la route, ça se passe comment ?

C’est ici que le bât blesse et que les piétons râlent, car l’essor des VLEU ne rime pas toujours avec cohabitation paisible sur les trottoirs. Aujourd’hui, seuls les vélos électriques sont autorisés sur les pistes cyclables, où l’on tolère une vitesse maximum de 25 km/h. Les trottinettes, électriques ou pas, et tout autre engin roulant, ne sont pas censées utiliser les trottoirs à moins d’être conduits à la main et au pas. Selon le Code de la route, ces derniers sont réservés aux piétons, aux handicapés et aux cyclistes de moins de 8 ans. Tous les autres usagers, y compris les trottinettes sans moteur, sont censés circuler sur la chaussée. La situation est loin d’être aussi claire dans la réalité, occasionnant des frictions et des questions d’assurance en cas de collision. À garder en tête si vous décider de sauter le pas.

Des normes encore en discussion

Face à la multiplication des produits et fabricants et au manque d’uniformité des tests menés, Décathlon, qui a depuis plusieurs années largement développé sa gamme Oxelo, consacrée à la glisse urbaine, a sollicité l’Afnor dès 2013 afin de travailler de concert à la mise en place de normes sur les trottinettes électriques. Les discussions sont toujours en cours, et devraient aboutir courant 2018. Affaire à suivre afin d’anticiper ces futures règles en choisissant bien votre investissement.

Vous êtes tentés mais ne savez pas comment sauter le pas ? Faites donc notre mini-test de personnalité, nous vous dirons quelle micromobilité est faite pour vous !

 

Article rédigé par Clémentine Garnier pour
Nextdoor, Business Humanizer